Be a minority / être une minorité

A celui qui me lit…

Pourquoi j’écris ce blog ? Je l’écris pour 2 raisons. La première c’est de raconter une histoire, celle d’une famille de fous qui a tout plaqué pour tenter l’impossible et réaliser son rêve de vivre aux Etats-Unis. La 2ème, c’est aussi de raconter une expérience, un point de vue, sur un pays, sur une culture. Alors je suis désolé, je vais laisser un suspense, je sais que tu attends de savoir si j’ai trouvé une solution pour mon Visa, si Sandrine a trouvé du travail et si on va mieux. Je vais laisser ça de côté pour une semaine. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, chez moi, y’a un enculé de fils de pute qui a tué 50 personnes dans une boite gay. Et j’aimerai lui adresser un message.

Salut, je m’appelle Rémy, j’ai 33 ans, je suis blanc sans handicap, sans maladie sans religion et hétérosexuel.  J’ai de la chance (si on peut dire) d’être un français moyen, normal. A part le fait d’être « artiste » et de ne pas toujours être dans les cases des formulaires, j’ai eu la chance jusqu’à mes 33 ans d’être dans la norme, ni trop grand, ni trop petit, ni trop gros ni trop maigre. J’ai même eu cette chance de n’avoir ni lunette, ni appareil dentaire, ni acné à l’adolescence. Un Français moyen je te dis. Vraiment.  J’ai toujours affirmé ma personnalité, donc oui j’ai eu des fois, des remarques, des pointages du doigt, qui font que j’ai toujours voué un culte à la différence, me battant contre le jugement le racisme l’homophobie ou autre. Mais moi perso, j’en étais loin, je défendais les autres, moi j’avais rien par rapport. Un mec normal. Et jusqu’à mes 33 ans, j’ai vécu dans l’ignorance totale que d’appartenir à un groupe minoritaire.

Et j’ai tout plaqué, je suis parti à New York. Depuis 4 mois que je vis ici, chaque jour est une leçon d’humilité, car l’étranger qui vient piquer le travail  c’est moi. L’envahisseur : c’est moi ! Le gars que Trump veut foutre dehors en abolissant le visa H1B : et oui : c’est encore moi.

Depuis 4 mois c’est toujours la même chose. J’ouvre la bouche « t’es d’où ? » . Je suis Français. Et là, on va me parler lentement comme si j’étais un enfant de 4 ans : « Are you From Paris «  ? Ou alors on va me raconter sa vie « J’ai été une fois a Paris » « j’ai un cousin de Paris » « j’adore le vin » « je rêve d’aller a Paris ».  Je suis français, je viens de Paris, parce que la France, c’est Paris, le reste autour, c’est du décors médieval pour des films. Quand j’annonce que je viens de Lyon, je dois alors justifier que c’est une très grande ville…et que c’est pas loin de Paris. Sinon les gars en face décrochent direct. Je suis français donc je viens de Paris ? Maintenant quand on me dit ça je répond : et toi t’es Americain ? est-ce que t’es gros t’as une arme et tu bois du coca ? » . Là, ça les fait rire, ça crée un léger malaise parce qu’ils se rendent compte de leur préjuger. Mais je m’en fou, c’est eux qui ont commencé. C’est le même malaise quand on parle religion. Je suis athée. Ici, faut croire en quelque chose. Alors c’est le même malaise. Français, athée et comédien ? Ouai, je dois chercher à me faire remarquer ! Là, ça commence a faire beaucoup.

Depuis 4 mois c’est devoir épeler ton prénom quand tu dis comment tu t’appelles (mon maitre de stage m’appelle « Regi »), c’est avoir des personnes en face qui répète mot pour mot ce que tu viens de dire parce que ton accent ne leur a pas permis de comprendre un mot dans une phrases de 50.  On te parle comme si tu avais 5 ans pour être sur que tu comprennes parce que si t’es étranger, t’es étranger. On veut pas savoir si tu as des diplômes en anglais ou quoi que ce soit : « Toi venir autre pays ? Toi vouloir miam miam » ? heu….J’ai eu 16/20 au TOEFL , j’ai un niveau B2+ au BULATS !  Mais ça… on te le demande pas.

Depuis 2 semaines je fais parti d’un groupe de théâtre. On s’entraide pour répéter les monologues pour les castings. Au premier jour de présentation, j’étais l’attraction : tout le monde a la fin est venu me dire LE MOT que la télévision lui avait appris « Bonjour » « J’aime Paris » « je parle un peu français, j’en ai fais 2 ans au collège ». C’est marrant, tout ce qu’ils ont retenue dans ma présentation, c’est ça. Tout ce que j’ai dis sur ma carrière ils s’en foutent. Mais dès que le prof dit mes mots « Diderot » ou « Beaudelaire », tout le monde me regarde et me fait des clins d’oeil. C’était drole, parce que, moi, étranger, moi enfant de 5 ans, moi débutant. l’amalgame, le raccourcis : étranger = novice.  Et puis… Et puis la semaine dernière, on devait présenter son monologue. Comme tout le monde a choisi des trucs tristes ou en colère…J ‘ai choisi une déclaration d’amour. C’était la première fois que je jouais en anglais. C’est marrant, ils m’ont encouragé avant genre « eh, c’est bon, on te jugeras pas champion ». J’ai joué. J’en ai fait pleuré 4 ! Le prof ne savait pas quoi dire pour me corriger. Je l’avoue, je suis fier de moi : je kiffe ce monologue, je l’adore, et jouer en anglais c’est génial, et en plus pour leur mettre une claque dans leur gueule : j’ai jamais autant mouillé la chemise en 1 minute. J’ai assuré. Ils voulaient plus passer après moi ! Et enfin, à la fin, on m’a demandé ce que je faisais en France. Je l’avais déjà raconté, mais ils étaient resté à « français » comme d’autres en reste à gay juif handicapé aveugle, musulman transsexuel noir arabe séropositif. Il a fallu que je prouve que j’étais autre chose que cette putain d’étiquette.

Parce que c’est ça ! Ici, quand je suis dans la rue quand je travaille, j’ai un mot sur le front : « français/étranger », et je dois déployer de l’énergie, faire mes preuves, me défoncer, pour arriver a effacer ce mot et y mettre « artiste » « père de famille » ou autre. Quand je suis dans le métro et que je parle français, on me regarde, on chuchote. Y’a toujours un regard. 90% du temps je m’en fou. 10% j’ai envie de leur dire  » Oui je suis étranger et alors ? Non j’ai pas envie de parler anglais parce que je suis avec ma meuf et elle est française aussi. C’est la seule chose qu’on a gardé de chez nous, notre langue ! J’ai le droit de la garder ? C’est pas parce que je parle français que je parle pas AUSSI ta langue ! t’en fais pas , je suis pas un fraudeur, j’ai un Visa ! je viens pas piquer ton travail, j’en ai rien à foutre de toi. je fais ma vie ! Et fais la tienne putain fais la tienne ! « 

Alors à toi qui est raciste homophobe misogyne xénophobe antisémite, à toi qui voit la différence comme un danger, qui pense que les arabes sont des voleurs qui pillent la France, les roumains de la vermine qui s’installe illégalement, que les blondes sont connes les gros sont moches, les gothiques des suicidaires les homos des pédophiles incapables d’élever des enfants… Toi qui est capable de manifester pour empêcher des gens de même sexe de se marier (alors qu’on te force pas à être homo toi aussi, je veux dire, ça n’a rien à voir avec ta vie), toi qui va fracasser des noirs avec tes potes parce que tu veux protéger ton pays (alors que c’est le leur aussi), toi qui va frapper une femme parce qu’elle t’obéit pas, humilier un gros un grand un vieux un punk un trans un mec en fauteuil un bègue….Toi qui va dire que l’homosexualité c’est une maladie, qui va renier ton enfant parce qu’il se marie avec un musulman, toi qui pense que tu es normal et que le monde doit être comme toi ou mourir….

Je t’invite à sortir de chez toi et à découvrir une chose qui s’appelle : le monde. Je t’invite à sortir de ton confort de ta petite maison, de ta famille, de tes amis qui te connaissent tous, et de prendre le risque de te heurter au regard de l’autre. Ici t’es normal ? Ailleurs tu l’es pas.  Je t’invite a faire l’expérience que je vis depuis 4 mois,  de passer de normalité à minorité. Tu verras, c’est une belle leçon d’humilité parce que tu comprends en 1 seconde ce que des gens autour de toi ont vécu toutes leur vie : le regard, l’étiquette, la pression constante de devoir se battre pour prouver qu’on a sa place dans la norme. Tu verras ce que c’est que d’être pointé du doigt moqué jugé…par le simple fait d’être toi. Et j’espère que tu comprendras alors que la normalité c’est juste un concept de merde : parce que ici t’es normal mais 10 mètres plus loin tu l’es pas. Et tu comprendras peut être que le gars rejeté le gars bizarre celui a qui on crache a la gueule et celui qu’on pointe du doigt, du jour au lendemain ça peut être toi. Et qu’a ce moment là, tu pries pour que l’autre en face te face pas subir ce que tu lui aurait fait subir. Mais on le fera pas t’en fait pas. On est peut être « bizarre », mais on vaut mieux que ça.

Salut, je m’appelle Rémy, j’ai 33 ans, je suis blanc sans handicap, sans maladie sans religion et hétérosexuel…et je suis Français ! Et je t’emmerde ! je suis fière d’être une minorité, je veux être une minorité et plus le monde va devenir fermé d’esprit et ben plus je vais en faire des caisses parce qu’on est tous l’étranger d’un autre. Simplement faut sortir de chez soi pour s’en rendre compte.

 

Je dédie ce post à l’ensemble des victimes de l’attentat de Orlando, je le dédie à ceux qui se reconnaitront, et je le dédis également a ma meilleure amie qui se marie avec sa fiancée dans 2 semaines, dans un mariage où il manquera des personnes qui ne veulent pas comprendre qu’on est une personne avant d’être une origine, un handicap, une religion, ou une sexualité.

 

A celui qui m’a lu.

 

Rémy.S

 

P.S : et promis la semaine prochaine, on reprend le cours de l’aventure. Surtout qu’il s’est passé pleins de choses !

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2 réflexions sur “Be a minority / être une minorité

  1. longin

    Ah! Ça fait du bien de lire et d’entendre ça! merci mon cher Rémy. Bises à toutes la famille!

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  2. Raphaëlle

    Bon alors, c’est bien sympa les réflexions générales sur les minorités, mais on aimerait surtout en savoir plus sur vous quatre, et surtout sur l’avancée fulgurante de la carrière de Rémy ! Bises de Marseille.

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