C’était trop simple…

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A celui qui me lit…

« Alors, comment ça c’est passé ton premier jour ? » « bien passé ? » , « tu me racontes ? »  » Rémy, tu nous raconte ton Internship ? »…. ça fait 6 jours que je reçois les mêmes textos, les mêmes questions sur tous les supports numériques qui m’entourent et qui me lie encore à mon ex pays… et toujours la même réponse « promis, j’en parle bientôt« . Avoue le, tu le sens que c’est pas bon signe hein ? Quand on évite une question, c’est qu’on a pas envie d’y répondre, parce qu’on est pas fier d’y répondre. Et ça se passerait bien, j’aurai tout de suite répondu « oh mais franchement c’est du délire ! »…un peu comme je parle de New York en ce moment. Mais depuis une semaine je te parle pas de mon stage. Ouai…j’évite la réponse. Du moins je l’évitais. Avant de te répondre, je voulais être sûr de ma réponse, et de comprendre. J’ai compris, j’en suis sûr…alors je te réponds.

C’est parti.

Si j’ai compris quelque chose de Nw York c’est qu’entre ce qu’on te vend et ce que tu as, il y a une grosse différence ! Il y a la photo du Big Mac et la merde ramollie que tu ouvres dans ton emballage en carton. Il y a le merveilleux appart’ sur Airbnb immense génial, idéal pour les familles, et l’appart’ dans lequel on vit (les cafards sont parti, mais j’ai du calfeutrer la porte, la voisine de 65 ans d’en face fume des pétards et ça empestait le bédo chez moi). Car cette ville est un excès jusque dans la manière de se vendre…et de se voir.

Flashback, octobre 2015, je tombe sur une annonce de stage en or : Un attaché de presse et chargé de diffusion qui s’appelle « bla bla bla & associates » engage des stagiaires du monde entier. Au programme : formation à la critique de presse, à la gestion de contacts (très importants) rendez vous, photos de répétitions, apprendre à construire une critique et un communiqué de presse, le tout sur des pièces de Broadway, le tout chapeauté par (et je te jure que c’est écrit sur son site et qu’il le dit de partout) « le meilleur « press agent » de New York qui a d’ailleurs été attaché de presse du célébrissime « Blue Man Group ».  Forcément quand j’y ai répondu et que le gars m’a dit « je te veux absolument, donc si ça t’intéresse c’est oui »… Bien sûr, j’ai signé. D’autant que je signais en même temps mon billet pour New York. Le stage est pas payé ? c’est pas grave! Vu le gars je vais avoir des contacts tout le tour du bras.

Et puis Lundi je suis arrivé au travail, à 10h du matin, en chantant, tout fier…. ben j’ai vite arrêté de chanter ! Déjà, pas de bureau. celui que je vais appeler « mon papy » (mon maitre de stage est vieux) travaille chez lui dans un appartement de 35m carrées, appartement qu’il partage avec sa femme qui s’est fait opéré de la hanche donc est là toute la journée. Ca encore, c’est pas grave. Mon lieu de travail est l’appartement le plus bordélique et le plus sale que j’ai jamais vu. Quand à mon bureau : une petite table rond pour 3 personnes où je travaille à 25cm de papy (j’ai jamais été collé comme ça, je bouge ma souris, je lui touche le bras).  Là, il me dit qu’il ne veut pas que j’utilise mon ordinateur (j’ai un mac pro), car il veut ABSOLUMENT que ces stagiaires travaillent comme lui….la dessus :

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Quoi? tu ne reconnais pas L’interface ? c’est Linux ! Et tous les logiciels ont été installé via CD rom ou disquette avant les années 2000 ! Car oui, mon maitre de stage est bloqué en 1997. Il m’explique donc les icones : « ça c’est Word 98, c’est un traitement de texte, ça c’est la calculatrice, c’est pour calculer…et si tu n’aime pas trop Linux… (je prie pour qu’il me dise d’emmener mon mac) tu peux mettre L’interface Windows XP« . XP ? comme dans mon premier ordi quand j’avais 17 ans XP ?  Mon maitre de stage est figé dans le temps. il refuse la modernité car il pense qu’aprendre c’est perdre du temps, et puis il sait faire les choses comme ça…pourquoi changer ?

Pourquoi changer ? Ben il devrait, parce que le « meilleur press agent de New York »  est en fait le seul « press agent » à s’occuper de Cies du OFF OFF Broadway. Pour ton info :

  • Broadway = les super productions que tu vois à la télé : Cats, le Roi Lion, Jersey Boy, et tous les spectacles avec les stars.
  •  le OFF Broadway  = Les Cies de théâtres qui tournent plutôt bien en offrant des choses un peu différentes, sans le budget de Broadway, mais qui fonctionne (c’est ce que j’avais avant avec ma Cie et que font mes copains en France, en gros : c’est Avignon OFF section professionnels.
  • Le OFF OFF Broadway = …. C’est tous les trucs chelou que tu vois sur Arte et que tu demande « non mais les gars ils vivent vraiment de ça ? » c’est des trucs ultra contemporains, intellos, chelous, bizarres, que personne ne vient voir, mais l’artiste ne se remettra jamais en question sous pretexte que « personne ne le comprend ».  Fait par des amateurs car personne ne vient les voir en spectacle…Mais ils ont un message à faire passer au public….Même si y’a personne dans la salle !

Ben voilà. Mon papy, il gère pas Broadway comme son annonce : il gère les Cies du OFF OFF Broadway. et son boulot consiste à essayer d’emmener la presse à parler de ces cies dont tout le monde se fou et à écrire des communiqués détaillés pour être sur que le journaliste ou le public comprendra un minimum la pièce qu’il vient voir. Et c’est là où je veux en venir : y’a pas de boulot. Car tout ce qu’il faut faire c’est : lire le scénario, rencontrer l’équipe, faire un communiqué de presse (que seul lui fait) , inscrire le spectacle sur des sites de pub…. et le jour de la première, prendre des photos. C’EST TOUT !  Mon travail est donc de l’assister, mais ne sert à rien car comme il me l’a dit « de toute façon, rien de ce que tu fais n’est important, aucune erreur que tu feras ne me fera perdre un client ». wouah ! ça me motive ! je sers à rien !!!

Comment j’ai su que le gars ne marchait pas ?

  • Quand je lui ai demandé les statistiques de son site de critique de presse, il m’a répondu « je les ai regardé au début mais ça m’interesse plus ». ça, ça veut dire « je voulais pas me déprimer tous les jours en constatant que personne ne regarde mon site
  • quand je lui ai demandé combien il gagnait, il évité la réponse. Quelqu’un qui gagne un minimum sa vie, surtout un patron recevant un stagiaire, n’a généralement aucun tabou d’argent. C’est la base d’un emploi, donc une réponse qu’on donne.
  • et quand je lui ai demandé si ça lui ai arrivé de pas aimer des spectacles qu’il représente, il m’a dit « je n’ai pas le droit de juger un spectacle….Mais je n’assume pas la plupart de mes clients« .

Du Lundi au jeudi, papy m’a fait lire (à 30cm de lui) plus de 70 critiques de presses qu’il avait écrite, des tutos pour apprendre à écrire (notamment un pour apprendre à écrire des pièces de théâtre !) et les 15 scenarios des pièces (donc inintéressantes selon lui) que nous allons représenter. J’ai passé 4 jours, à lire sur un ordi de l’avant guerre, des choses que je connaissaient ou des scenarios de merde (et c’est pas moi qui le dit, c’est lui….mais je te le dit, j’ai jamais rien lu d’aussi pourri).  Je n’ai rien fait d’autre . ah si ! J’ai posté 5 lettres à la poste.

Je suis rentré Jeudi soir et je me suis effondré, déçu de me dire que ce stage allait être un fardeau pendant 9 mois. Qu’il n’allait m’emmener aucun contacts, aucun reseau, parce que je suis tombé chez un gars qui croit être un killer, alors qu’il a juste eu un quart d’heure de gloire avant de se faire jeter par le « Blue Man Group ». J’ai passé une nuit blanche à me demander ce que je faisais là, à me dire que encore une fois, je m’étais fait avoir , que ça allait être long et que j’allais perdre mon temps.

Mais j’aime pas perdre mon temps. Et je m’appelle Rémy.S, et quand y ‘a un truc qui me gonfle, patron ou pas patron, vieux ou pas vieux, je l’ouvre. J’ai pas tout quitté tout vendu pour passé des journées à regarder l’horloge sur un Comodor 64 qui a encore un lecteur disquette.  Alors vendredi matin je sui  arrivé au boulot et lui ai dit « OK, aujourd’hui, je vais refaire ton site Internet, parce qu’il est pourri. les sites HTML années 90 c’est foutu, ça te vend pas, ça donne un côté amateur.Je vais refaire toute ta communication parce que sur Internet t’es invisible. J’aimerai qu’un des 4 tu sois fier d’aller voir les statistiques de ton site. Parce que ce que tu écris est super, mais si personne le lit c’est inutile. Je suis écrivain et directeur artistique, mon boulot consiste à écrire et mettre en valeur ce qui est écrit. alors je vais t’aider. L’internship c’est un échange. ». Ca l’a séché mais d’un autre côté, tout ce que je disais était vrai, alors il m’a laissé faire. Et il a aimé ma fanchise, constatant que je serai pas un stagiaire cireur de pompe qui ne lui apportera rien. En une journée j’ai transformé son site pourri en un blog jeune, moderne et facile à gérer. Il était séché d’une telle rapidité et lui (et sa femme) on trouvé ça génial.

Quand au soir, on a été voir un spectacle de danse contemporaine, tellement contemporaine que j’ai rien ressenti, rien retenue, et que c’est sensé montrer l’évolution du temps, mais moi j’ai appelé ça « les powers rangers bourrés »

9 mois. J’ai 9 mois à travailler avec un papy adorable (il m’a prêté un velo, un grille pain, m’a acheté un casque de vélo) mais qui est en fait un chargé de presse amateur, persuadé d’être aussi pro que les compagnies dont ils s’occupent. 9 mois a être dans un milieu théâtral intello que je deteste et qui me regardera de travers à chaque fois que je dirais « séries télé, comédie musical, X files Marvel ou Disney ».

Il m’a fallu du temps pour te répondre car il m’a fallu du temps pour comprendre…que ce stage…c’est pas mon moyen de rester. Si l’apart pourri que j’ai doit tenir le rôle de « premier apart », ce stage n’est finalement QUE mon billet d’entrée. Et il m’a fallu 2 jours pour le comprendre. Pour comprendre que je vais bosser 10 fois plus, parce que je vais donc revoir l’ordre de mes priorités. Tous les jours de 10h à 17h je vais aller faire mon stage, honorer mon billet d’entrée qui a un prix : me faire chier, et trouver un moyen pour que je me fasse le moins chier possible comme j’ai commencé à le faire en travaillant sa communication. Mais le plus important : tous les jours, je m’occuperai de ma carrière (rencontre avec les prods, recherches des agents artistiques, des chaines de télé, proposition de spectacles) en avançant et en profitant du fait d’être sur place. Qui plus est, si je trouve un boulot, je reste définitivement ET je quitte ce stage. Une belle motivation.

Je ne vais donc pas m’étaler sur ce stage. Je ne vais plus t’en parler parce que c’est grâce à lui que je suis là, mais c’est pas pour lui que je suis là. Maintenant que je me suis réorganisé et que j’ai compris comment ça marchait, je peut avancer.

Donc pour répondre à ta question : comment c’est passé mon stage ? Nul, inintéressant, inutile, pathétique et je m’emmerde profondément quand j’y suis.

Et maintenant je te laisse, faut que j’aille révolutionner Broadway le cinéma et la télé américaine !

 

A celui qui m’a lu

 

Rémy.S

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5 réflexions sur “C’était trop simple…

  1. Erwan

    Quand ça veut pas, ça veut pas !

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    • Oui mais c’est pas grave ! N’importe quel debut est difficile. Pourquoi celui la serait different ? C’esr ce que jai voulu transcrire dans ce post : le stage est ininteressant certe, mais jai un stage. Donc tt va bien. Au contraire, sa rend l’aventure encore plus interessante et a la fin on en rigolera (jen rigole deja). C’est pour ça que je me plains pas. En tt cas, merci pr ton commentaire.

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  2. courage Rémy S. la force est avec toi… et te guidera. Comme tu le dis si bien, c dur, c tjr dur, mais tu c rebondir et t nouveau objectif son parfait. Alors ne lâche rien

    et sinon quelques news de Sandrine et les p’tits loulou SVP

    pleins de bisous à vous 4

    courage

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  3. JOELLE

    Bravo! ça y est tu es remonté à fond .On t’aime

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  4. Je suis fière de toi… ❤

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